Depuis quelques mois, je participe à un atelier d’écriture. Je n’ai fait aucun progrès (bouh c’est pas bien !!!) mais je m’accroche. Ce n’est pas si facile que je le pensais et surtout, il y a un énorme obstacle : lire à haute voix ( et intelligible pour ma part) le merveilleux écrit que l’on a pondu pendant le cours devant tout le monde !!
Je suis la seule nouvelle … et pourtant je ne me sens pas plus nulle que ça (sauf par rapport au prof mais bon, lui, il est LE prof !). Bref. J’avais un devoir maison à rendre depuis 3 semaines. A part quelques lignes dans ma tête comme d’habitude, je n’avais rien écrit ! Tout au plus une vague idée vite abandonnée car trop culcul et gnangan, en 2 mots ça ne me plaisait pas du tout ! Et puis j’ai eu des soucis de mains donc ça n’a pas aidé ou ça m’a donné de fausses excuses, au choix héhé. Mais là, aujourd’hui j’étais acculée, au pied du mur. Je dois absoluement rendre un brouillon d’une nouvelle sur les robes de mariées pour demain 18h00. Mais quelle idée j’ai eu de prendre comme sujet les robes de mariée ????!!! Trop romantique je suis !!! Pufff.
Donc tout ça pour vous soumettre en avant première mon brouillon. Vous pouvez critiquer, corriger, argumenter, ou tout ce qui pourra m’aider à améliorer cette nouvelle. Merci
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Je volais. Je planais au ras du sol.
Ca y était, le plus beau jour de ma vie était enfin là. Des mois de préparation, de stress, de cris, de rires, de doutes, de pleurs pour enfin être « Madame », la femme de cet homme à qui j’allais dire « oui » dans quelques instants. Je l’attendais ce jour-là, je l’espérais ce jour-là, je l’avais préparé ce jour-là. Je m’étais préparée, plus exactement parée.
Les tralalas des cartons d’invitation, de la préparation de la noce, le casse-tête du placement de « qui » à côté de « qui », du menu, des boissons, de la musique et tout le saint-frusquin, je les avais laissés à ma mère. Elle n’avait pas eu besoin de trop taper du pied pour m’en persuader. Elle adorait ça, je détestais ça. Elle était une merveille d’organisation et je n’étais que désordre. C’est « son truc » comme on disait. Je savais ce que certains et certaines en pensaient : « Elle ne participe même pas à la préparation de Son mariage ! Elle ne pense qu’à se faire belle ! Je plains son futur époux ! Heureusement que sa mère est là ! Elle au moins elle sait prendre les choses en main ! » et bla et bla. Ils n’avaient pas tort. Je ne pensais qu’à me faire belle. Pour l’homme que j’aime, que j’allais épouser. Être la plus belle pour le plus beau jour de ma vie.
Je l’avais rêvé, imaginé, créé des milliers de fois ce jour-là. Depuis que j’avais vu à la TV le film « peau d’âne » avec Catherine Deneuve. Les yeux embués, je m’étais dit au plus profond de mon cœur de petite fille qu’un jour, moi aussi, je serai cette princesse en robe merveilleuse amoureuse folle d’un prince pour toujours. J’avais 8 ans.
Depuis j’avais grandi. Mes illusions de petite fille quant à l’existence du prince charmant s’étaient presque évaporées. Mais mon amour des robes merveilleuses m’était resté. J’étais devenue créatrice de mode. Je dessinais et créais des robes hors du commun. Je détestais ce qui était dans les normes, dans les clous, bien comme il faut, propre sur soi, en un mot « banal ». J’aimais que ça interroge, intrigue, bouscule, attire.
Bien évidemment, j’avais dessiné ma robe. Celle qui symbolisait ce que j’étais, qui j’étais, l’amour pur que j’éprouvais, le cœur que j’offrais.
Je ne l’avais pas choisie d’une couleur virginale comme c’était la coutume mais d’un ton chaud, profond, le rouge. Je ne l’avais pas décidée longue et vaporeuse mais courte, mini-jupe laissant admirer mes jambes à mon futur époux lorsque je remonterai l’allée de l’église. Je savais que mes jambes le laissaient sans voix et faisaient briller ses yeux de mille feux. Il n’y avait que de dos que l’on aurait pu s’y tromper, la croire pure, car je l’avais laissée d’une longueur traditionnelle. Mais il ne fallait pas se fier à la sagesse de cette traine de 1m qui balayait le sol car si vous remontiez votre regard au dessus de la taille, vous aperceviez un décolleté plongeant jusqu’aux reins, avouant un dos parfaitement nu. La liberté de mon dos contrastait avec le carcan de mon bustier ras-du-cou. J’étais … moi pour le plus beau jour de ma vie. Ma vie qui se mêlait et s’entremêlait à sa vie.
Nous étions dans le village de mon enfance. Monsieur le curé, qui m’avait baptisée, communiée, confessée, allait m’unir à l’homme de ma vie. J’avais un peu peur de le choquer avec ma robe mais il n’en laissa rien paraître quand il vint m’annoncer que monsieur le maire aurait un peu de retard pour la cérémonie civile et qu’il allait célébrer une messe un peu plus longue que prévue. Monsieur le maire était aussi le vétérinaire du canton et il était parti à la ferme du vieil André dont une vache allait mettre bas.
Je marchais, confiante, souriante, heureuse de voir, de sentir ce regard, son regard. Je me sentais la plus belle dans ma robe. Je lui ai donné ma main, il m’a donné la sienne.
Ma robe, tendrement, bruissait à chacun de mes pas lorsque nous sommes sortis de l’église. Il avait le regard fier, conquérant, heureux et amoureux. Nous nous sommes arrêtés sur le parvis, les appareils photos crépitaient, les rires fusaient, les commentaires se mêlaient aux « vivas » de bonheur pour les nouveaux mariés. Puis prenant la tête du cortège, nous nous sommes dirigés vers la mairie. Soudain j’entendis un « stop ! Tu as oublié de lancer ton bouquet ! » Ah la tradition ! Faut pas déroger à la tradition ! J’ai pris la position du lancer de bouquet, tournant le dos aux femmes, jeunes filles et fillettes. Ca se bousculait, jouait du coude pour être la mieux placée. Au moment où je le lançais, j’ai entendu « attention ! ». J’ai cru à une bousculade pour attraper mon bouquet. J’ai tourné la tête pour admirer le spectacle et juste avant le choc, j’ai eu le temps d’apercevoir la voiture de monsieur le maire qui roulait comme un dératé pour arriver à l’heure et officialiser mon mariage par un acte administratif.
Je volais. Je planais au ras du sol.
J’ai eu 2 pensées avant de retomber lourdement sur la chaussée.
En 1er, je me suis remémoré ce film magnifique avec Jeanne Moreau « la mariée était en noire » et je me suis dit : « Rappelez-moi la symbolique de la robe de mariée ? Souligner le plus beau jour de sa vie, c’est ça ? »
Et juste après cette réflexion, je me suis dit : « au moins, le sang ne gâchera pas la couleur de ma robe … »
